POMPÉI

POMPÉI

Ensevelie lors d’une éruption du Vésuve en 79 après J.-C., Pompéi est le document le plus important que l’on possède sur la vie et l’aspect d’une ville de moyenne importance de l’Antiquité romaine. Elle montre la civilisation d’un centre commercial et agricole dont la situation économique était florissante et constitue une source incomparable pour la connaissance de la vie quotidienne à l’époque romaine et de son artisanat. Des vestiges de la culture italique qui a précédé la domination de Rome s’y trouvent unis aux témoignages de la vie romaine du premier siècle de l’Empire, profondément imprégnés de l’héritage de la culture hellénistique. Dans le voisinage immédiat de la ville antique est née, au XIXe siècle, une petite ville moderne autour d’un sanctuaire (la Madone-du-Rosaire) fondé en 1876. Un observatoire destiné à la volcanologie et un musée du Vésuve s’y trouvent aussi. Pompéi fait partie de la province de Naples et est située à 25 kilomètres de cette ville.

1. Histoire de la ville antique

Fondation et extensions

Les noms latin Pompeii et grec 刺礼猪神兀 face="EU Caron" チ 礼晴 ne donnent pas d’indications sur les origines de la ville. La recherche archéologique a distingué un premier noyau habité établi sur une ancienne langue de lave constituant un haut plateau escarpé sur trois côtés. Au sud, il dominait la mer, que les apports successifs de matériaux éruptifs et alluvionnaires ont éloignée maintenant de 4 kilomètres environ. Il semble avoir été fondé par les Osques, qui dominaient la Campanie au VIIe siècle avant J.-C. Le centre de ce noyau correspond au forum des époques postérieures. Une extension vers l’est et une régularisation urbanistique eurent lieu au VIe siècle, sous l’influence étrusque. Sur le forum de Pompéi, le temple dédié à Apollon est reconnu comme le plus ancien. Érigé au VIe siècle, à l’emplacement d’une aire sacrée où s’élevait un autel, ce temple montre dans son style l’influence exercée par la communauté grecque de Cumes, aussi bien avant qu’après la domination des Étrusques. Des dédicaces portant des inscriptions en langue étrusque ont été retrouvées dans la zone du temple.

Un troisième et définitif agrandissement de la ville s’effectua suivant un plan d’urbanisation préétabli, à partir de la grande voie (la «voie de Stabies») qui traverse l’agglomération de la «porte du Vésuve» à la «porte de Stabies». Au VIe siècle, la superficie de la ville était de 7,5 hectares environ (le noyau le plus ancien de Rome, sur le Palatin, comptait, lui, environ 10 hectares), et à l’intérieur des murs, à l’époque du troisième agrandissement de la ville, cette superficie atteignit à peu près 66 hectares. Mais, même au temps de son plus grand développement, environ 44 hectares seulement étaient couverts d’habitations, le reste étant occupé par des jardins et, en particulier au nord de la «voie de l’Abondance», par des jardins potagers et des champs. Les avis sont partagés quant à l’époque à laquelle aurait eu lieu le troisième agrandissement de la ville, le plus important. Certaines études paraissent donner raison à ceux qui ont estimé qu’il n’était pas antérieur mais postérieur à la conquête de la ville par les Samnites. Ces derniers étaient descendus des montagnes de l’intérieur en 425 avant J.-C. et avaient constitué dans la Campanie du Sud une fédération ayant pour capitale Nocera (Nuceria). Selon les recherches des années 1960, le grand développement urbanistique de Pompéi remonterait au IIIe siècle et non pas au début du Ve; il porterait donc une empreinte samnite et non pas étrusque. L’aire enclose entre les murs n’était pas entièrement construite. Le quartier sud-est, orienté vers l’amphithéâtre, semble ne s’être développé qu’avec la colonisation romaine. On ne peut évaluer que de façon incertaine la population à l’époque de la plus grande extension de la ville. Selon les différents spécialistes, ce nombre oscille entre 8 000 et 16 000 à 20 000, et, sur le territoire, qui comprenait des villas et des fermes, entre 30 000 et 40 000; ce sont les chiffres les plus bas qui paraissent aujourd’hui les plus vraisemblables. Il ressort des inscriptions que, dès la période samnite, il existait des fonctionnaires (aediles) chargés de réglementer le développement de l’urbanisme et la circulation dans les rues pour les piétons et pour les bêtes de somme. Les grosses pierres qui permettaient la traversée des chaussées sont une caractéristique des rues de Pompéi, due à la hauteur des trottoirs, elle-même nécessaire parce qu’il n’existait pas d’égouts pour l’écoulement des eaux de pluie. Les sources manquant, le problème de l’approvisionnement en eau avait été résolu grâce à des citernes destinées à recueillir l’eau de pluie coulant des toits des maisons. Pendant la période romaine, sous Auguste, on construisit un aqueduc partant du fleuve Serinus, qui débouchait dans une centrale de distribution située près de la porte du Vésuve. C’est de cette centrale que, par des conduites souterraines de plomb et de terre cuite, l’eau était amenée aux thermes, à la palestre et aux fontaines publiques disséminées dans la ville, ainsi qu’aux fontaines privées, dans les jardins des maisons particulières les plus riches. Le débit de l’eau était réglé par des piliers élévateurs, répartis dans les différents quartiers.

Il est établi que la ville fut habitée par des Osques, des Étrusques et des Samnites, ce qui confirme ce qu’avait écrit, à la fin du Ier siècle avant J.-C., le géographe grec Strabon (V, 247), qui atteste la navigabilité du fleuve Sarnus. Il considère Pompéi comme le port de Nola, Nuceria et Acerra, situées plus à l’intérieur. Il n’est question de la ville que dans la première des trois guerres de Rome contre les Samnites, guerre au cours de laquelle elle repoussa une incursion de marins et de soldats en 310 avant J.-C. (Tite-Live, IX, XXXVIII, 2-3). Après la troisième guerre (290 av. J.-C.), les Samnites furent obligés de contracter une «alliance» avec Rome, qui incluait l’acceptation de la politique étrangère romaine, la fourniture de troupes sur sa demande, l’obligation de vivre en paix avec les peuples voisins. Il ne semble pas que Pompéi, bien qu’elle fût restée fidèle à Rome, ait subi de dommages au cours de la guerre désastreuse qui suivit la descente d’Hannibal en Italie (218-201). Plus d’un siècle s’était écoulé lorsque les alliés italiques s’unirent contre Rome (Guerre sociale), non pas pour reconquérir leur indépendance, mais pour obtenir davantage de droits pour leurs groupes dominants, surtout le droit de cité romain. Pompéi fut occupée alors par les troupes italiques et assiégée par l’armée romaine (89 av. J.-C.). Conquise, elle ne fut pas punie par la destruction, comme ce fut le cas de Stabies, mais seulement par une occupation militaire. Par la suite, transformée en colonie, elle s’appela colonia Veneria Cornelia , du nom du dictateur L. Cornelius Sylla et de celui de la Vénus pompéienne. Des vétérans et des citoyens romains s’y établirent (cf. Cicéron, Pro Sulla ).

La destruction et les fouilles

En 62 après J.-C. (63 selon certaines sources), Pompéi fut secouée par un tremblement de terre qui détruisit quelques édifices et rendit nécessaires des réparations dans presque toutes les maisons. Ces réparations n’étaient pas toutes terminées lorsque, en l’année 79, eut lieu l’éruption du Vésuve, que l’on considérait éteint pour toujours. Cette éruption débuta le 24 août, selon la tradition littéraire, et se poursuivit pendant trois jours. Mais certaines observations botaniques amènent à proposer une correction des textes et font supposer qu’elle se produisit en novembre. Pompéi ne fut pas atteinte par la lave (comme Herculanum), mais fut ensevelie sous une couche de lapilli et de cendres d’une épaisseur de 4 à 6 mètres. Une description de cette éruption a été donnée dans une lettre de Pline le Jeune à Tacite (Ep., VI, 16), relatant la mort de son oncle, Pline l’Ancien. Ce dernier, accouru avec les navires de la flotte de Misène placée sous son commandement, fut victime de sa curiosité scientifique. La ville fut abandonnée et on perdit le souvenir de son emplacement. Les fouilles des ruines débutèrent au printemps de 1748, dix ans après la découverte d’Herculanum; mais c’est plus tard qu’on eut la certitude qu’il s’agissait effectivement de Pompéi. Les fouilles se poursuivirent irrégulièrement, surtout dans le but de découvrir des objets et des œuvres d’art. Ce n’est qu’après 1870 qu’elles furent entreprises de façon régulière et continue. On établit alors une nomenclature des maisons, des rues et des quartiers. À partir de 1924, on commença à effectuer des fouilles stratigraphiques qui permettent, en commençant par le toit, la reconstruction des maisons, en laissant à leur place originelle les objets et la décoration murale. Dans les années 1950, les murs des fortifications et les nécropoles ont été mis au jour.

2. Architecture

Édifices publics

La zone du forum, dans le secteur ouest de la ville, était située au centre de la cité la plus ancienne. Au moment de la destruction, outre l’ancien temple d’Apollon, on y trouvait encore le temple des divinités capitolines (capitolium ), l’édifice où avait lieu l’élection des magistrats annuels (comitium ), le bâtiment destiné aux édiles, la tribune des discours publics, la basilique pour l’administration de la justice, le marché couvert (macellum ), le marché aux légumes et l’édifice (portant le nom d’une femme: Eumachia) consacré à l’industrie des étoffes de laine; on peut en déduire que la ville était particulièrement florissante. De chaque côté du temple capitolin, deux arcs commémoratifs donnaient accès au forum, qui était interdit aux véhicules. On pense qu’une horloge publique réglée par écoulement d’eau avait été installée à proximité. Dans le secteur sud de la ville se trouve une autre zone de monuments appelée le forum triangulaire. Au temps de la ville primitive, il avait dû constituer une espèce d’acropole. Sur cette aire triangulaire, bordée d’un portique sur les trois côtés, s’élevait un temple. À partir du IIe siècle avant J.-C., l’aire adjacente fut occupée par des bâtiments destinés aux spectacles, mais on y trouvait aussi les petits temples d’Isis et de Zeus Melichios. La proximité d’édifices religieux et d’édifices destinés aux sports et aux spectacles est un reflet persistant de la culture grecque. Un théâtre et, plus tard, un odéon (théâtre couvert pour la musique), une palestre et la caserne des gladiateurs avec un grand espace intérieur entouré de portiques y furent édifiés. Dans la partie est de la ville fut prévu puis réalisé un amphithéâtre, dont les promoteurs furent les magistrats mêmes qui avaient fait construire l’odéon. Cet amphithéâtre, qui remonte au Ier siècle avant J.-C., est le plus ancien du monde romain.

Il y avait à Pompéi trois établissements thermaux, dont les thermes de Stabies, les plus anciens et les plus vastes. Nombre de grandes maisons particulières possédaient de petites installations thermales. Les thermes de Pompéi n’avaient pas de somptueuses façades extérieures, car ces façades étaient occupées par des boutiques dont le revenu contribuait à l’entretien des installations. Les thermes de Stabies sont situés au croisement des deux rues principales et, dès le IIe siècle avant J.-C., les pièces étaient spacieuses et agréables, couvertes de voûtes construites au moyen de mortiers liants. À l’époque romaine, postérieurement à l’année 80 avant J.-C., ces thermes furent agrandis et, plus tard, décorés de stucs et de peintures.

Maisons particulières

Ce sont les maisons particulières qui, à Pompéi, offrent la documentation la plus intéressante. Il existe des vestiges de maisons du IVe siècle avant J.-C.; mais les témoignages les plus évidents appartiennent au Ier siècle avant J.-C. et au Ier siècle après J.-C. À partir de l’époque samnite, le type fondamental de la maison pompéienne est caractérisé par une pièce, parfois de très grande dimension, dite atrium , à laquelle on accède par un couloir d’entrée. De plan rectangulaire, l’atrium avait presque toujours, au centre, un bassin, dans lequel tombait l’eau de pluie du toit. Celui-ci, présentant quatre plans inclinés vers l’intérieur, était muni de larmiers en terre cuite artistiquement décorés. Du bassin, l’eau tombait dans la citerne. Les plans inclinés du toit étaient soutenus aux angles par de robustes poutres (atrium tuscanicum ) ou par quatre pilastres ou colonnes. On avait ainsi, au centre de la maison, une pièce spacieuse éclairée uniquement par l’ouverture centrale et égayée par un bassin: une espèce de patio. Par les deux côtés les plus longs de cette pièce on accédait aux chambres. Le côté le plus petit, en face de l’entrée, était occupé par une pièce appelée tablinum , qui était à l’origine le centre de la vie familiale, autour du foyer et de la table, avec l’autel des divinités de la maison, les lares. De chaque côté du tablinum, deux pièces, destinées primitivement aux archives familiales et au culte des ancêtres. Dans les demeures patriciennes, leurs images y étaient conservées. Derrière le mur du tablinum se trouvait, originairement, un jardin potager, entouré de hauts murs. À une époque plus tardive, en revanche, on y accédait par une cour, entourée d’un portique (peristilium ) emprunté à l’architecture hellénistique, dont le centre était planté de fleurs et souvent agrémenté d’une fontaine. Parfois, un véritable jardin y faisait suite, orné de statues et de jeux d’eau (maison des Amours dorés, maison de Loreius Tiburtinus, par exemple), ou bien un autre péristyle plus grand (comme dans la maison du Faune, la plus grandiose et la plus hellénistique).

Autour du noyau central de la maison, décrit ici, d’autres pièces, avec de nombreuses variantes, étaient à usage aussi bien utilitaire (cuisine, salle de bains, etc.) que de séjour (appartements pour les invités, appartements des femmes).

Quoi qu’il en soit, la maison conserva toujours cette caractéristique de donner complètement sur l’intérieur, ce qui créait une atmosphère intime et recueillie qui s’est en partie maintenue dans les habitations du monde arabe.

À l’extérieur de la maison, près de la porte d’entrée, donnaient des boutiques qui, en règle générale, ne communiquaient pas du tout avec l’intérieur, ou, à défaut de boutiques, des magasins appartenant à la maison. Les maisons les plus anciennes, les maisons samnites, étaient entièrement construites en pierre calcaire locale très granuleuse. Sous la République romaine (Ier siècle av. J.-C.), on utilisa une pierre tufière. Puis l’influence du monde gréco-hellénistique amena à employer le marbre dans toutes les parties ornementales, tandis que pour les structures se répandit l’usage de la brique, très en vogue à Rome. Enfin, au cours de la dernière période de la vie de Pompéi, la classe des marchands, considérablement enrichie, résolut le problème de maisons plus vastes qui lui étaient devenues nécessaires en réunissant, par des passages intérieurs, plusieurs maisons du type traditionnel. On ajouta aussi des pièces à l’étage, de préférence au-dessus des parties les moins importantes de la maison, destinées aux esclaves. Aux lisières sud et ouest de la ville, où il existait de fortes dénivellations de terrain, les maisons sont disposées sur les pentes et ont des terrasses panoramiques, des loggias, des salles de séjour reliées entre elles par des rampes ou des escaliers (maison de Fabius Rufus, fouilles de 1962-1968). Certaines familles qui s’étaient particulièrement enrichies voulurent donner à leurs habitations, sous des formes modestes ou en remplaçant la réalité architectonique par des trompe-l’œil picturaux, l’illusion des palais des souverains hellénistiques de Pergame et d’Alexandrie.

Les villas

Aux environs de Pompéi se trouvaient, dès le IIe siècle avant J.-C., des villas du type maison rustique, mais aussi des demeures résidentielles. La vallée du fleuve Sangro était fertile et riante. C’est d’une villa proche de la localité de Boscotrecase que proviennent les grandes peintures de paysage conservées au Metropolitan Museum de New York. Nous savons que certaines de ces villas appartinrent à des personnes de la famille impériale ou à leurs affranchis. Cicéron en possédait une aussi; au XVIIIe siècle, on crut l’avoir retrouvée au-delà de la porte d’Herculanum, mais elle fut ensuite réensevelie (des fragments de gracieuses peintures ornementales et de mosaïques en sont conservés). Dans le voisinage immédiat de la ville, au-delà de cette même porte, se trouve la «villa des Mystères», qui appartenait à la famille des Istacides. Elle est célèbre pour son grand cycle de peintures, adaptation faite à l’époque d’Auguste de peintures qui devaient exister dans quelque centre grec qui nous est inconnu. Elles représentent des épisodes de l’initiation d’une femme aux mystères dionysiaques. Malgré leur splendeur, elles se révèlent à l’examen critique être des œuvres de seconde main, non des créations originales. Le plan de la villa des Mystères est d’une conception particulière, l’entrée donnant immédiatement sur le portique (peristilium ) entouré de plusieurs pièces utilitaires. Du portique, on passe dans l’atrium qui, par deux portes, conduit au tablinum donnant sur une grande terrasse en forme de loggia semi-circulaire (exèdre) qui ouvre à son tour sur le jardin; celui-ci, surélevé par rapport au niveau de la campagne, est soutenu par de solides maçonneries de substruction.

3. Décoration et objets d’art

Peinture

Pompéi offre la documentation la plus vaste et la plus variée qui existe sur la peinture de l’Antiquité. Pour interpréter d’une façon exacte cette documentation, selon sa valeur historique et artistique, des distinctions et des classifications doivent être établies. Il faut se rappeler qu’il s’agit d’œuvres de peintres artisans, décorateurs de murs, et non de grandes personnalités artistiques, même si cet artisanat fait preuve, dans son ensemble, d’une très haute qualité. Si l’on ne fait pas cette remarque préalable, on peut commettre des erreurs fondamentales d’estimation historique. Il faut, en outre, faire une distinction entre les systèmes de décoration pariétale, qui forment une unité ornementale pièce par pièce et mur par mur, et chacune des compositions insérées dans cette décoration. Les systèmes de décoration présentent un développement qui leur est propre. Certains spécialistes considèrent ce développement comme tout à fait original et autonome. D’autres estiment au contraire qu’il a été en grande partie déterminé par les productions de la capitale. Dans Rome, hélas, la documentation picturale de cette époque est presque complètement perdue; mais le peu qu’on en conserve est de qualité nettement supérieure. À Pompéi, les éléments ornementaux de la décoration pariétale ont toujours été exécutés avec une grande fraîcheur. Les peintres pompéiens donnent le meilleur d’eux-mêmes dans la peinture ornementale, où ils font preuve d’une extraordinaire légèreté de touche et d’une grâce d’invention telles qu’on ne les retrouvera, en Europe, qu’au XVIIIe siècle. À l’intérieur des systèmes de décoration, les compositions insérées s’inspirent le plus souvent de la grande peinture grecque. Ces copies ou variantes de tableaux ou de fresques des IVe, IIIe et IIe siècles avant J.-C. sont de qualité très inégale. Il y en a d’excellentes (pour la plupart détachées des murs et conservées au musée national de Naples), et beaucoup de médiocres. Elles doivent être comprises soit comme des peintures de leur temps, soit comme de précieux documents de la grande peinture grecque de chevalet. Dans la décoration figurent aussi deux autres catégories de peintures, qui trouvent des expressions originales: les compositions de fleurs, de fruits et d’animaux, morts ou vivants (xenia ), et les paysages. Certains paysages champêtres et mythologiques, et des vues de villas au bord de la mer comportent des éléments réalistes. D’autres, en revanche, sont purement imaginaires, avec beaucoup de fantaisie; ils ont la grâce des paysages japonais. On a de bonnes raisons de penser que cette peinture est un développement de l’art hellénistique, d’Alexandrie d’Égypte et des cités raffinées d’Asie Mineure en particulier. Mais les spécialistes ne sont pas d’accord; certains préfèrent y voir une nouveauté du milieu romain. Certes, ces décorations correspondent, surtout après les cinquante premières années de l’Empire, à un goût de la culture romaine. Mais celle-ci était, comme le prouve également la littérature, imprégnée de formes hellénistiques.

Les décorations de la dernière phase de construction de Pompéi, caractérisée par les réédifications et les restaurations occasionnées par le tremblement de terre de l’année 62, sont marquées («quatrième style») par une orientation fantastique particulière. Les motifs perspectifs des fausses architectures («deuxième style») et les motifs ornementaux menus et gracieux où sont intercalés de petits tableaux («troisième style») sont repris et accentués. La technique de la peinture devient de plus en plus «impressionniste». Les architectures fantaisistes sont parfois animées de figures, placées à différentes hauteurs, empruntées aux grandes compositions traditionnelles. Certains spécialistes ont vu dans ces tendances une recherche de l’évasion, un penchant pour le rêve et l’utopie. Mais les écrivains romains de cette époque ne permettent absolument pas ces interprétations subjectives. Ils parlent, eux, de nouveaux riches rivalisant de luxe et de la décadence de la peinture de chevalet.

La technique de la peinture pompéienne est encore discutée. Les indications fournies par les sources littéraires antiques manquent de clarté. Elles parlent soit de peinture à fresque (couleurs liquides sur chaux fraîche), soit de peinture à l’encaustique (couleurs dissoutes dans de la cire et appliquées à chaud).

À Pompéi, on a des effets de couleur liquide comme de l’aquarelle, mais aussi des superpositions de couleurs et un brillant qui ne s’obtiennent pas avec la fresque. En dissolvant des couleurs dans de la «cire punique», obtenue avec de la cire vierge dans une solution de soude (natron), et en chauffant ensuite la peinture finie, E. Schiavi est parvenu à des résultats très semblables à la peinture pompéienne.

Mosaïques

Dans la phase la plus ancienne, les pavements des maisons sont en aggloméré de chaux avec des fragments de terre cuite et de pierres ou de marbres de couleur. Sous l’influence hellénistique (fin du IIe siècle av. J.-C.) se répand l’usage du pavement de mosaïque, composé soit de petites tesselles de marbres, soit de marqueteries de marbres taillés de différentes formes (opus sectile ; parmi les plus anciens, celui de la cella du temple d’Apollon). Dans les pavements de tesselles blanches et noires sont insérées des mosaïques figurées en couleurs, qui imitent presque toujours des peintures. La mosaïque n’atteindra son autonomie figurative qu’à une époque bien postérieure à la destruction de Pompéi. Parmi les mosaïques qui imitent des peintures, il faut mentionner les deux célèbres compositions signées par Dioscoride de Samos, provenant de ce qu’on appelle la «villa de Cicéron», ainsi que la célèbre mosaïque de la Bataille d’Alexandre. Cette dernière s’inspire d’une peinture souvent mentionnée, de Philoxenos d’Érétrie (fin du IVe s. av. J.-C.). Elle décorait une salle ouverte (exèdre) située entre deux salles à manger et donnant sur le grand portique de la somptueuse «maison du Faune». Des sondages effectués dans cette maison ont révélé cinq phases de construction antérieures à celle qui reste visible aujourd’hui. À Pompéi ont été retrouvées aussi des mosaïques ornementales qui revêtaient les murs en particulier sur les façades de fontaines ou de niches. Certains vestiges attestent l’existence de mosaïques en tesselles de verre sur les plafonds en voûte.

Sculptures

Dans le domaine de la sculpture, Pompéi a donné une importante série de copies d’originaux grecs (dont la copie de la tête du Doryphore de Polyclète signée d’Apollonios d’Archias, un Athénien). Les plus typiques sont quelques remarquables exemplaires de statues imitant des modèles classiques et adaptées à des fonctions pratiques (telles les statues d’éphèbes destinées à porter des lampes).

Grâce à Pompéi, de nombreuses sculptures en bronze ont été conservées, qui, ailleurs, auraient été fondues, le Moyen Âge, à ses débuts, ayant eu un besoin insatiable de métal. C’est ainsi qu’on a la preuve de la prédominance de la sculpture de bronze sur la sculpture de marbre pour les œuvres de plus grande valeur et les objets décoratifs. Dans certaines maisons, on a retrouvé d’excellents portraits en bronze (comme celui du banquier L. Caecilius Iocundus). Mais la particularité la plus marquante est constituée par le plus grand nombre de petites sculptures de caractère ornemental. Celles-ci, en marbre ou en bronze, embellissaient les jardins et les portiques de sujets idylliques ou théâtraux. On doit y ajouter les bas-reliefs (appelés oscilla ) en forme de boucliers, travaillés des deux côtés et destinés à être suspendus dans les portiques entre deux colonnes.

Ameublement

La documentation concernant les objets d’ameublement est particulièrement riche. Contrairement à ce qui se passe à Herculanum, Pompéi ne nous a pas fourni de restes de meubles en bois, mais on a de petites tables et des trépieds de bronze, de petites tables de marbre, souvent cerclées de bronze damasquiné d’argent. C’est selon cette même technique que sont travaillées des «appliques» pour les lits et pour d’autres meubles en bois. Également en bronze, d’élégants objets destinés au chauffage (braseros, poêles, chauffe-plats) de formes diverses, des lampes suspendues ou posées sur les meubles, des candélabres ornés de figures de Silènes, d’Amours, d’acrobates, autant de variantes de motifs hellénistiques, pour la plupart amusants. La riche vaisselle, de bronze et d’argent elle aussi, ornée en relief ou avec des appliques figuratives, est tout imprégnée des formes et des motifs décoratifs qui proviennent encore du grand artisanat artistico-industriel de la Grèce hellénistique. Les vases de verre qui ont été conservés ne sont pas très nombreux, mais ils sont d’une grande finesse. Parmi les curiosités, il faut mentionner une statuette indienne en ivoire, représentant probablement la déesse Lak ルm 稜 et provenant du Gandhara, qui confirme l’existence de contacts commerciaux avec l’Asie centrale et l’Orient. Ces contacts s’établissaient peut-être par l’intermédiaire de la communauté des Arabes Nabatéens, attestée par des inscriptions remontant à l’année 40 avant J.-C., trouvées dans un de leurs lieux de culte à Pouzzoles.

Pompéi
v. antique de Campanie, à 25 km au S.-E. de Naples, fondée par les Osques au VIe s. av. J.-C., en bordure de mer et au pied du Vésuve. En 79 apr. J.-C., lors d'une éruption du volcan, elle fut brusquement ensevelie sous une couche de roches volcaniques et de cendres. Les fouilles, commencées en 1748 (et méthodiquement entreprises après 1860), ont déblayé une grande partie de la ville, donnant de précieux renseignements sur la vie quotidienne des Anciens. Préservées par les dépôts volcaniques, plusieurs demeures patriciennes ont livré statues, orfèvrerie, mosaïques et, surtout, fresques, inspirées par la peinture grecque (villa des Mystères, maison de Cornelius Rufus, des Vettii, etc.).

Encyclopédie Universelle. 2012.

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